Les cours du pétrole montent inexorablement
. Le prix du pétrole se rapproche inexorablement de son record d'avril
1980, quand la Révolution islamique en Iran avait porté le baril à 101
dollars (en monnaie constante). Il a atteint 90,02 dollars à New York,
jeudi 18 octobre, lors des échanges électroniques suivant la séance.
Cette brutale envolée - 46 % en un an - a accentué les inquiétudes sur
le ralentissement de la croissance mondial, que le Fonds monétaire
international (FMI) vient de ramener de 5,2 % à 4,75 % dans ses
dernières prévisions.
A moins d'une récession ou d'un changement improbable du comportement des automobilistes, qui entraîneraient une baisse de la demande, les prix ne devraient pas diminuer dans les prochaines années. Même si la production de l'Arabie saoudite passe de 10 à 12,5 millions de barils par jour à l'horizon 2010, comme Ryad l'a annoncé, et si les capacités de raffinage s'accroissent en Asie et au Moyen-Orient. La demande reste en effet soutenue aux Etats-Unis et en Chine, mais aussi dans les pays producteurs qui consomment une part croissante de leur production (Russie, Golfe persique...).
"La question ne semble plus de savoir si le pétrole atteindra 100 dollars le baril, mais quand", indiquait en début de semaine une étude de Barclays Capital. Mercredi, le vice-président de Merril Lynch, Thomas Petrie, estimait que ce prix pourrait même être de 120 dollars le baril. Ces dernières années, les prix ont augmenté dès que des tensions apparaissaient (attaques de plateformes au Nigéria, ouragans dans le golfe du Mexique, conflit sur le nucléaire iranien...), mais ils n'ont pas baissé dans les mêmes proportions quand ces facteurs de risques ont diminué ou disparu.
Les niveaux atteints par les cours de l'or noir sont-ils justifiés ? Comme l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui défend les intérêts des pays consommateurs, le Département américain de l'énergie (DoE) juge que les fondamentaux de l'offre et de la demande (niveau des stocks, capacités de production supplémentaires en cas de défaillance d'un pays...) en sont responsables. Il reconnaît néanmoins que les spéculateurs ont pu également jouer un rôle.
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) - qui doit réintégrer l'Equateur à la fin de l'année - fait une lecture très différente. Mardi, elle a réaffirmé que le marché est "très bien approvisionné", qu'il n'y a aucun risque de pénurie et que les stocks de brut et de produits distillés (essence, fioul de chauffage), notamment américains, sont confortables. "Les marchés sont largement tirés par les spéculateurs", en concluait Abdallah El-Badri. L'OPEP avait même annoncé une hausse de sa production quotidienne de 500 000 barils. "C'était trop peu et trop tard", a estimé Cheikh Yamani, l'ancien ministre saoudien du pétrole, jeudi, jugeant qu'il faut rouvrir le robinet pour réduire les tensions à l'approche de l'hiver.
"EXUBÉRANCE IRRATIONNELLE"
Même le PDG de la compagnie ExxonMobil, Rex Tillerson, considère que cette flambée des prix est "difficile à expliquer" alors que "personne n'a de difficulté aujourd'hui à s'approvisionner en pétrole". Certains risques sont exagérés, comme celui d'une incursion de l'armée dans le Kurdistan irakien riche en pétrole, qui aurait un impact limité sur l'approvisionnement mondial. D'autres ont disparu, comme la menace d'ouragans dans le golfe du Mexique. Quant au ralentissement de l'économie américaine, qui doit se traduire par une demande pétrolière moins soutenue, il pourrait aussi détendre les marchés.
Rien n'y fait face à l'"exubérance irrationnelle" des investisseurs, selon Gérard Burg, économiste à la banque centrale d'Australie interrogé par l'agence Bloomberg. Les analystes constatent qu'ils se sont en partie retirés de certains marchés (actions, obligations, monnaies) pour se rabattre sur les "commodities", notamment le pétrole. En témoigne, selon eux, l'explosion des transactions sur les marchés électroniques. Ces mouvements renchériraient considérablement le prix du baril.
Un autre facteur a joué, selon ceux qui pensent que le pétrole va encore s'apprécier : la baisse continue du dollar. Tant que la monnaie américaine s'affaiblira, le prix du pétrole montera, assurent ces analystes.
Certains pays très dépendants du pétrole commencent à s'inquiéter, comme le Japon et les Etats-Unis. Le secrétaire américain à l'énergie, Sam Bodman, a reconnu, mercredi, que ces prix élevés étaient un "grand sujet d'inquiétude" pour l'administration Bush, qui a décidé de réduire la dépendance de l'économie à l'or noir du Moyen-Orient. Pour l'heure, les optimistes remarquent que contrairement aux années 1970, le monde n'est pas confronté à une crise de l'offre. Et que la demande soutenue de pétrole reflète la vigueur de la croissance en provenance des pays émergents.